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MUSHERS: PORTRAITS DE MUSHERS

 

Dominique Grandjean

« J'

adore ce type », s'exclame Nicolas Vanier dès qu'on parle de Dominique Grandjean, « Je ne le connaissais pas bien avant, mais depuis que nous préparons ensemble la Grande Odyssée, où il est chef vétérinaire, j'ai découvert à la fois un homme profondément humain, passionné par les chiens, et un technicien fabuleux dans son métier. »

Car, Dominique Grandjean est dans le milieu du mushing un homme particulier. Bien sûr, il est musher comme beaucoup d'autres, mais il est aussi le grand spécialiste mondial des chiens de traîneaux. Docteur vétérinaire, Professeur à la prestigieuse Ecole nationale vétérinaire de Maisons-Alfort, où il dirige l'Unité de médecine et de l'élevage et du sport. Il est connu pour ses compétences dans les domaines de la nutrition canine et de la médecine du chien de sport et de travail. Il est l'auteur d'une vingtaine d'ouvrages, dont trois encyclopédies et de nombreuses publications scientifiques qui lui ont permis de recevoir les deux seules distinctions existant en ce domaine : le Pride Lifetime Award et le Tom Cooley Memorial Research Award. Il est également colonel à la Brigade des sapeurs pompiers de Paris, en charge des équipes cynotechniques de recherche de personnes ensevelies. Ce passionné de chiens de traîneaux a depuis deux décennies, pris part à l'organisation de célèbres courses: Alpirod, Iditarod, Scandream, Championnats du monde et européens.

Pour lui : « Le chien est un animal fantastique, un de ces rares êtres vivants doués d'intelligence et qui jamais ne vous lâche, ne vous oublie, ou ne vous agresse gratuitement. Un être vivant des plus évolués, qui comprend ses congénères immédiatement, même si ceux-ci arrivent de l'autre bout du monde. Le chien de traîneau, évoluant dans la pureté des immensités neigeuses, en est sans nul doute le meilleur exemple. Cela explique certainement la passion qui se développe chez tout un chacun ayant la chance de goûter au sport de traîneau à chiens. Et force m'est de reconnaître que si cette passion est en moi, elle aura ainsi infléchi ma vie professionnelle ».

A quarante-neuf ans, Dominique Grandjean est un type fabuleux. Du haut de son un mètre quatre-vingt-dix, il frôle les cent kilos. L'homme fait ours mal léché, affirment discrètement ses amis, mais a toujours le cour sur la main dès qu'il s'agit de chiens. Depuis vingt-cinq ans, il se passionne pour les huskies, malamutes, groenlandais et autres alaskans. Pas très bavard, il ne détient pas moins tout le savoir sur les chiens, toute l'histoire des courses et toutes les connaissances sur les mushers de l'histoire du mushing.

L'arrivée de Dominique Grandjean dans le monde des mushers commence ainsi : un jour, François Varigas, qui prépare une nouvelle expédition polaire, vient le voir à l'école vétérinaire. Il a besoin de rations quotidiennes, qui ne doivent pas peser plus d'un demi-kilo, pour ses chiens qui parcourent une cinquantaine de kilomètres par jour. Elles doivent aussi supporter des températures -50°C et être comestibles par l'homme en cas de nécessité. Dominique Grandjean relève le défi. Il ne connaît pas le Grand Nord mais a lu Jack London. Il découvre que des Danois, installés au Groenland se sont déjà penchés sur la question pour nourrir leurs chiens au 16 e siècle. A la fin du XIXe et au début du XXe siècle quand l'exploration des pôles battait son plein, la viande séchée, dénommée Pemmican, avait la faveur des grands explorateurs comme Fridjof Nansen, Roald Amundsen ou Robert Edwin Peary. Le vétérinaire prend contact avec son homologue américain spécialiste du chien de traîneau, David Kronfeld qui l'oriente dans ses recherches. Avec son équipe, il fournit à François Varigas la solution idéale, sous la forme de saucisses remplies d'un mélange de matières premières, cuites et stérilisées, préférables de loin aux boîtes et même aux croquettes, pourtant largement utilisés maintenant. A la même époque, il rencontre un médecin français avec lequel il travaille toujours, Jacques Philip. Ce musher professionnel possède un chenil d'une centaine de bêtes et participe à toutes les grandes courses tels que l'Iditarod affirme : « Dominique est certainement l'un des vétérinaires les plus actif sur le terrain même si parfois, il est un peu trop impulsif. »

Dominique Grandjean vient d'attraper le virus chiens de traîneau. Il est là, quand Monique Béné, organise la première compétition en France au col de la Schlucht dans les Vosges. « Son côté soupe au lait, s'efface rapidement devant sa passion à aller jusqu'au bout des choses », se souvient-elle. A partir de là, Dominique Grandjean intègre l'évolution du mushing en France et va voir ce qui se passe dans le nord de l'Amérique. Il traîne ses bottes sur toutes les pistes enneigées du Canada à l'Alaska. L'occasion pour le vétérinaire de faire des rencontres avec des légendes vivantes. C'est encore Jacques Philip qui s'est exilé en Alaska qui l'introduit d'abord auprès de Norman Vaughan, qui était déjà musher en 1928 au pôle Sud avec l'Amiral Byrd. En compagnie de ce dernier et de Paul-Émile Victor, il partage des instants magiques dans le Jura. Il est recruté par Bob Sept et devient l'un des vétérinaires de la plus célèbre course de chiens de traîneau, l'Iditarod. Créée par Joe Redington en 1973, cette épreuve commémore le sauvetage de la ville de Nome par les mushers en 1925.

De 1988 à 1995, Dominique Grandjean participe aux huit éditions de l'Alpirod avec une équipe d'une dizaine de vétérinaires. C'est le must du mushing en Europe. « Elle permit à son époque de faire un énorme bond en avant à ce sport, aussi bien dans la préparation des chiens que dans la prévention des problèmes de médecine sportive canine », se souvient le véto des neiges.

Partout où il y a des chiens et des courses Dominique Grandjean se doit d'être présent. Il va à la rencontre des mushers et de leurs attelages, pose des questions, soigne si besoin, mais avant tout observe ceux qui au quotidien vivent en harmonie avec leurs chiens. Entre temps, il intègre l'International Sled Dog Veterinary Medical Association, fondé en 1991 et contribue de plus en plus aux courses de l'Alaska au Canada et de la Scandinavie à la Russie. « Cette organisation a pour but d'offrir la possibilité aux vétérinaires d'échanger leurs compétences, de développer une recherche scientifique dédiée permettant de mieux connaître ces chiens hors du commun, affirme Dominique Grandjean, et également d'organiser chaque année un congrès scientifique sur ce thème et de mieux former les jeunes vétérinaires désireux de partager cette passion ».

Selon tous les mushers, l'activité de chien de traîneau dans le monde, comme l'univers de la compétition doivent beaucoup à Dominique Grandjean, pour l'amélioration qu'il a apporté dans le domaine de la nutrition des canidés, comme dans celui de la santé de ces animaux, athlètes de haut niveau.

Infos complémentaires :
Dominique Grandjean: le site officiel
La Grande Odyssée, profession Chiens de traîneaux: la chronique du livre
Véto des neiges : la chronique du livre

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